Ensemble: L’édito

Ensemble n° 38: L’édito

Tous des
« énergivores » ?

Nous connaissions les carnivores, consommateurs de viande ; les herbivores, consommateurs d’herbe ; les frugivores, consommateurs de fruits.

Où classer l’être humain ? Tous s’accorderont pour dire qu’il est
omnivore. Peut-être, faudrait-il rajouter aujourd’hui à la lumière en particulier de la révolution industrielle, qu’il est devenu énergivore, c’est-à-dire consommateur d’énergie.

L’étymologie du mot « énergivore » est éclairante. En effet, le suffixe « vore » vient du verbe dévorer ; l’énergivore dévore l’énergie. Osons pousser la métaphore encore plus loin. Il se goinfre de manière excessive d’énergie, au point d’en gaspiller.

L’humain, dit « énergivore » est indubitablement « addict » à l’énergie. Il ne peut s’en passer. Il ne peut concevoir l’existence ordinaire, sans cette énergie à consommer. Preuve en est, la panique qui a saisi une société tout entière, lorsqu’il était question d’éventuelles coupures d’électricité. Celles-ci n’avaient pas encore lieu mais le simple fait d’y penser provoquait affolement et fébrilité.
Et un journaliste, avec un peu de recul historique et géographique, de rappeler que pendant des dizaines de siècles, l’humain s’en est passé et que des millions d’hommes et de femmes vivent aujourd’hui, sans électricité.
Cette dépendance totale à l’énergie fait de nos sociétés des colosses aux pieds d’argile, traversés par une grave crise énergétique. Assurément, le recours à des techniques nouvelles et un appel à plus de sobriété, contribueront à trouver des solutions.
Il reste qu’une question fondamentale est posée à nos sociétés occidentales. Si le matérialisme et le consumérisme sont les religions en vigueur, présentés comme portes de salut et de bonheur, on peut s’attendre à une course en avant, sans fin, du toujours plus dans la consommation d’énergie.
Ne sommes-nous pas appelés à une révision de nos choix existentiels ? À nous interroger sur les dieux ou valeurs sacralisées qui gouvernent notre monde ?
Il y a deux mille ans un certain Jésus disait « L’homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute  parole qui sortira de la bouche de Dieu ».


Denis Heller