Ensemble: L’édito

Ensemble n° 36: L’édito

SAINT-PAUL. 
LA FONDATION DE
L’UNIVERSALISME

Le titre est celui d’un livre, non pas théologique ou biblique, mais philosophique. L’auteur est Alain  Badiou, professeur émérite de l’École normale supérieure et l’un des principaux philosophes
français contemporains.


Qu’un philosophe qui, en plus se dit athée, s’intéresse à un des personnages bibliques les plus importants et les plus emblématiques, dont le «nom est couramment associé aux dimensions les plus  institutionnelles, et les moins ouvertes du christianisme: l’Église, la discipline morale, le conservatisme social, la suspicion contre les Juifs», voilà ce qui est surprenant. Alain Badiou voit en Paul, que l’on  comme aussi l’apôtre des nations, le fondateur d’un universalisme qui inclut toutes les particularités humaines, qu’elles soient ethniques, culturelles, sociales, politiques, familiales, genrées ou même religieuses.


Paul lui-même a exprimé cet universalisme dans une de ces plus célèbres formulations: «Il n’y a plus ni Juif, ni Grec; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre; il n’y a plus l’homme et la femme; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ» (Galates 3,28).


Alain Badiou le résume à sa manière et dans son propre langage philosophique: « Le geste inouï de Paul est de soustraire la vérité à l’emprise communautaire, qu’il s’agisse d’un peuple, d’une cité, d’un Empire, d’un territoire, où d’une classe sociale ».


Pour Paul, l’identité de l’être humain n’est pas définie par son origine, sa naissance, sa culture, son physique, son genre, sa nation, ses valeurs, ses convictions ou sa religion. Elle lui est donnée, offerte gratuitement au moment de sa naissance par une parole d’adoption que nous proclamons, de la part
de Dieu, dans notre liturgie de baptême d’un enfant : «Tu es mon enfant bien-aimé. Il est bon que tu sois là !».


Andreas Seyboldt