Ensemble: L’édito

Ensemble n° 8: L’édito

Les protestants : de perpétuels opposants ?

Les protestants seraient-ils d’éternels mécontents, toujours en opposition, les champions de la protestation et de la contestation ?
Comme tout nom, ce terme de protestant a été donné et non pas véritablement choisi, même si avec le temps, les croyants concernés se le sont approprié. Il désigne aujourd’hui une des trois branches du christianisme,
avec le catholicisme et l’orthodoxie. Pris en lui-même, il ne dit pas grand-chose et n’indique pas qu’il s’agit d’une des confessions chrétiennes. Il y a des protestants dans le monde politique, dans le monde syndical, dans le monde associatif et dans bien d’autres domaines, qui protestent et s’opposent pour défendre ce qui leur semble
juste. Les témoignages recueillis dans le dossier rendent compte des engagements d’hommes et de femmes, pris au nom de leur compréhension de la justice.
Mais alors comment comprendre ce qualificatif de protestant dans le domaine religieux ?
Protester, c’est d’abord affirmer haut et fort, attester avec détermination, témoigner avec courage.
Voyez les expressions actuelles : « Je proteste de mon innocence, de ma bonne foi, de mon bon droit ». Protester
c’est donc simplement témoigner en paroles et en actes de sa foi au Dieu de grâce et d’amour révélé en Jésus-Christ.

Celui-ci s’engage dans l’histoire humaine pour que les hommes et les femmes soient aimés, mis debout, rendus libres et responsables. Protester, c’est alors dans un deuxième temps s’opposer à tout ce qui déforme et défigure Dieu et les humains : les faux dieux, les idoles, les esclavages, les enfermements, les injustices. C’est réagir et contester lorsque la liberté de Dieu est en danger, lorsque la dignité de l’humain est menacée. Le protestant n’est pas un éternel « râleur », toujours contre et constamment dans la critique ! Il est fondamentalement « pour », pour la vie dans l’amour, la justice et le respect de la liberté de Dieu et des autres. Au nom de ce grand « oui », il sera amené à souvent dire « non ».
Denis Heller