Ensemble: L’édito

Ensemble n° 18: L’édito

L’image est-elle fiable ?

L’image, peinture ou photographie, a toujours été un vecteur de messages, y compris pour les entreprises. Ce qui accroît son usage aujourd’hui, c’est le mot d’ordre qui conditionne la vie de chacun : tout, tout de suite, plus vite, plus intensément.

Dans Le Culte de l’urgence (Flammarion, 2009), Nicole Aubert, sociologue et psychologue, décrit cet état d’esprit : l’intensité de l’instant est devenue le nouvel « ethos » de la modernité. L’image répond en cela aux enjeux de la modernité, et c’est pour cette raison que les réseaux sociaux comme Instagram, Pinterest ou Snapchat connaissent une telle valorisation. Aujourd’hui, pas moins de 3 milliards d’images sont échangées chaque jour sur Internet ; 30 % des recherches Web commencent sur Google Image ! L’image est par essence un véhicule privilégié de l’intensité. Notre cerveau est plus apte à traiter des données visuelles qu’un long discours, d’autant que ces données sont porteuses de sens en elles-mêmes.

Le témoignage visuel passe pour l’un des plus assurés, et des expériences modernes nous montrent que le sens de la vue est chez l’homme autrement plus sollicité et fiable qu’il ne l’est chez le chien ou la chauve-souris. Pourtant, depuis que la philosophie existe, un doute plane sur le monde visible. Pour Platon, le monde des choses apparentes est un monde d’illusions. A fortiori lorsque, par quelque moyen mécanique, nous nous efforçons de reproduire ce que nous voyons, nous avons toutes les chances de ne retenir de la réalité que son apparence trompeuse. Et ce ne sont pas les moyens modernes de reproduction d’images – logiciels de traitement d’images – qui nous prouveront le contraire. Nous savons à quel point une photo peut « être travaillée », pour ne pas dire manipulée et falsifiée !

L’image n’est pas fiable en elle-même. Elle a souvent besoin d’une « légende » pour la situer dans son contexte, lorsque nous en envoyons à nos contacts, nos proches ou amis.

Notre foi chrétienne, comme celle de nos sœurs et frères juifs et musulmans d’ailleurs, n’a pas son fondement dans une image, mais dans une parole, parole contenue dans un livre qui, pour les chrétiens n’est pas en elle-même « parole de Dieu », mais parole qui nous révèle le Christ : « Il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute la créature » (Colossiens 1, 15).

Andreas Seyboldt