Ballades bibliques

« Pourquoi mourons-nous ? »

 

Aujourd’hui, la mort est occultée, euphémisée ou combattue.
Elle est occultée par notre société qui « escamote » la mort, « cache » les cadavres, laisse une place limitée à l’expression du deuil.
Elle est euphémisée par des chrétiens, au nom de la vie éternelle. « La mort n’est rien » affirme un texte, volontiers choisi pour les services funèbres.
Elle est combattue par des chercheurs qui nous font miroiter l’ « amortalité » ; ainsi, l’humain ne mourrait plus de vieillesse mais seulement d’accidents ou de guerres.
En attendant, nous mourrons : « L’homme ! Ses jours sont comme l’herbe : il fleurit comme la fleur des champs : que le vent passe, elle n’est plus, et la place où elle était l’a oubliée » (Psaume 103, 15-16).
En attendant, nous souffrons de perdre ceux qui nous sont chers.
Alors, la mort est-elle un adversaire à vaincre, une fatalité à intégrer ou une réalité terrorisante à oublier ?
Voici trois réponses, forcément fragmentaires.
La première nous est livrée par des auteurs de science-fiction, tel Barjavel.
Imaginant notre monde sous le régime de l’immortalité, il décrit une humanité privée de renouvellement et d’engagement durable. Sans mort, plus de naissance (car notre terre serait irrémédia-blement surpeuplée), plus de responsabilité nouvelle (tous les postes étant définitivement occupés), plus de couples (comment prétendre vivre à jamais en-semble ?). Une société Les deux autres réflexions sont bibliques.
Dans le livre de la Genèse, Adam et Eve – prototypes de l’humanité – sont expulsés du « jardin des délices ». En sus, Dieu les prive de l’immortalité afin qu’ils ne deviennent « semblables à des dieux ». Parce que l’homme ne suit pas la proposition de vie du Créateur et ne laisse pas naturellement une place à un autre qu’à lui-même, il doit mourir afin que d’autres puissent vivre.
Dans les Evangiles, le Christ s’appuie sur l’inéluctabilité de la mort pour nous exhorter à prendre notre existence au sérieux et à vivre l’Evangile, sans attendre.
Ainsi, la mort est paradoxalement nécessaire à la vie.
En l’affirmant, je ne sous-estime pas le caractère « scandaleux » des morts prématurées ou avilissantes, je ne nie pas la peine des endeuillés et la nécessi-té de la recherche médicale.
Pour conclure, je transformerai légèrement l’intitulé de la question, en me demandant « pour quoi nous mour-rons »
Je crois que je mourrai … pour vivre, renouvelé.
Je crois, sereinement, en la résurrection, des justes … et des injustes.
Je crois que je serai en communion avec Dieu, en compagnie de ceux qui m’ont précédé.
Je crois aussi que, dès à présent, je peux vivre pleinement, et recevoir, dès à présent, « les arrhes de la résurrection ».d’immortels est … mortifère.

Vincent Nême-Peyron