Ballade biblique

« Ne nous laisse pas entrer en tentation »

Depuis le 3 décembre 2017, premier dimanche de l’année liturgique, une nouvelle traduction du Notre Père a été retenue pour enlever toute ambiguïté pour la 6éme demande qui était : « ne nous soumets pas à la tentation ».

Matthieu 6 v. 13 

Depuis 1966, dans l’élan de Vatican 2 et des avancées en matière œcuménique, catholiques et protestants avaient la même version du Notre Père et avaient pris l’habitude de formuler la 6e
demande de la manière suivante : « ne nous soumets pas à la tentation ».
Depuis le 3 décembre 2017, premier dimanche de l’année liturgique, une nouvelle traduction a été retenue : « ne nous laisse pas entrer en tentation ».
 
Pourquoi ?
 
La précédente version pouvait laisser planer un doute. Le Dieu prié par les chrétiens serait-il un dieu pervers qui soumet selon son bon vouloir, les humains à la tentation ? Dieu serait-il
l’auteur du mal et de la tentation, tentateur lui-même ? Pour enlever toute ambiguïté, une nouvelle formulation a donc été proposée.Jésus, pense-t-on, a adressé cette prière à ses disciples en araméen.Dans le Nouveau Testament, on la trouve en grec dans une version longue chez Matthieu et dans une version plus courte chez Luc. Sur une thématique complexe, celle du rapport entre Dieu et le mal, il est difficile de rendre compte avec exactitude du sens du mot utilisé ; il s’agit du verbe « eisphero »traduit par conduire, induire. Il sous-entend un mouvement, un basculement qui en l’occurrence ici, fait pénétrer dans la tentation. En prononçant cette partie du Notre Père, nous ne demandons pas à Dieu de nous épargner la tentation, ni les épreuves. Elles font partie de la condition humaine. Jésus lui-même les a connues.
 
Nous sollicitons son soutien pour que nous fassions face à la tentation plutôt que d’y entrer, plutôt que d’y succomber. Dans le premier cas, elle reste face à nous ; nous résistons. Dans le second
cas, nous prenons le chemin de la tentation, nous cédons. Le final de cette 6e demande : « mais délivre  nous du mal » trace cette même perspective d’un Dieu, puissance de vie et d’amour qui combat le mal avec nous et en nous.

Pasteur Denis Heller