Billet biblique

« Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends lui aussi l’autre »

Matthieu 5 v 39

Comment comprendre un tel passage biblique* qui illustre à merveille la non-violence ?

Faudrait-il dans une perspective chrétienne rechercher volontairement la souffrance comme si elle avait une valeur rédemptrice ? Faudrait-il dans une perspective évangélique être un peu « maso », souffre-douleur comme si une gifle ne suffisait pas ?

Comme pour toute lecture biblique, replaçons ce verset dans son contexte.

Il est situé dans le Sermon sur la montagne adressé par Jésus à ses disciples. Son début : les Béatitudes (Matthieu 5 v 1).
Première déduction, cette invitation à tendre l’autre joue concerne les disciples de Jésus dans la perspective du Royaume de Dieu à venir. Ce n’est pas une nouvelle loi édictée pour régenter le monde des humains habité  par le mal.
Ce même sermon se termine par une exhortation qui touche à l’absolu du Royaume de Dieu, un Royaume d’amour « Soyez parfaits comme votre Père Céleste est parfait » (Matthieu 5 v 48).
La visée ultime est indiquée : un dépassement de toute chose, de toute loi par l’amour.
Sur notre sujet, Jésus évoque une loi de justice et d’équité présente dans le 1er testament : la loi du talion « OEil pour OEil, dent pour dent » (Ex. 21 v 24). C’est une formidable avancée pour l’époque. Pour éviter une vengeance gratuite, une violence injuste, voire même une « justice injuste », cette loi
exige une peine qui correspond au délit commis. Pour un mal qui touche une dent, une peine correspondant à la valeur d’une dent et non à celle d’un oeil. En fait, cette loi répond à un mal commis par un autre mal qui provient d’une violence « régulée, réfléchie ».
Jésus invite à sortir de la logique du cycle de toute violence qu’elle soit de l’ordre de la vengeance personnelle ou de la violence instituée.
Tendre l’autre joue, c’est quitter ce cercle infernal et interminable de la
violence et de la vengeance.

C’est chercher à vaincre le mal par le bien, c’est du coup s’engager dans une action pour le bien au risque de prendre une autre gifle.
Cette exhortation à dépasser le mal par le bien, la haine par l’amour, l’offense par le pardon n’est pas une nouvelle loi mais le fruit de la grâce, l’ oeuvre du Saint Esprit en l’humain, signe d’un Royaume déjà présent mais aussi encore à venir.

Pasteur Denis Heller

* Lire Matthieu 5 v 38 à 42