Billet biblique

L’interdit de l’image : oui ou non ?

« Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont dans les cieux, qui sont en bas sur la terre et qui sont dans les eaux plus bas que la terre » Exode 20 v. 4

Voici le début du deuxième commandement du décalogue. Il serait regrettable de ne citer que cet extrait. La sentence prise isolement semble implacable : toute image, toute représentation seraient interdites ! Est-ce possible ?

Ce qui précède est très éclairant. Il y a tout d’abord l’introduction au décalogue dans laquelle l’Éternel rappelle qu’il est un Dieu qui a libéré le peuple de l’esclavage d’Égypte. Puis suit le premier commandement. Il est capital : « Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face .» Le reste du décalogue en est la déclinaison. Dit autrement, avoir d’autres dieux c’est retomber dans la servitude et l’esclavage, c’est perdre la liberté donnée. Le décalogue, confié selon le récit à Moïse, est la charte de la liberté pour un peuple qui doit apprendre à la vivre. Nous sommes dans un contexte de mise en garde contre l’idolâtrie.

Ce qui suit est aussi très éclairant et reste dans le même registre. Je cite : « Tu ne te prosterneras point devant elles et tu ne les serviras point ». L’interdit concerne donc les images taillées sacralisées, idolâtrées, divinisées et non pas les images taillées en tant que telles. Cette interdiction est donnée au peuple d’Israël pour qu’il se détache des pratiques religieuses des pays environnants et de Canaan en particulier. Il y a refus des images divinisées, censées représenter les dieux (ce qui est dans les cieux) et la réalité créée (ce qui est sur la terre et dans les eaux). Car c’est se remettre sous la coupe d’autres dieux.

Plus fondamentalement, cet interdit touche à l’impossibilité de représenter fidèlement ce Dieu libérateur qui ne se laisse jamais enfermer dans une image qu’elle soit figurative ou conceptuelle. Le représenter en images ou par des idées et des mots, c’est le chosifier et inévitablement le déformer. Il est toujours au-delà de ce qu’on peut montrer ou dire de lui. Nul ne peut voir Dieu ; Il est un Dieu de la Parole.

Denis Heller