Ballades bibliques

« Jacob et ses frères »

« Un exemple de résolution des conflits »

 

Dans le dernier numéro de Notre Effort, à partir des relations conflictuelles de Joseph avec ses frères (Genèse 37 ss), nous avions repéré deux obstacles à une fraternité apaisée : le favoritisme et le désir de toute puissance. Mais, à la différence des tragédies grecques, les histoires bibliques ne condamnent jamais au malheur. Elles proposent au contraire des outils pour en sortir.
S’attaquer aux structures qui produisent les rivalités.
Dans le Premier Testament, les prophètes dénoncent l’arbitraire du pouvoir ou l’injustice sociale. De même, ils condamnent la polygamie qui suscite des rivalités entre femmes, des abandons, de la souffrance. Aujourd’hui encore, la concurrence de tous contre tous, dans les relations amoureuses, scolaires, professionnelles, génère du ressentiment et empoisonne les relations humaines.
Une pratique différente du pouvoir.
Dans son rêve, Joseph se voit gouverner ses frères et ses parents.
A la fin du cycle, alors même qu’il est de-venu le conseiller du pharaon et que ses proches dépendent de lui, il se mettra à leur service.
Il a désormais compris que le maître, c’est celui qui sert et non celui qui se fait servir.
Jésus vivra cet enseignement. En lavant les pieds de ses disciples, il leur fait découvrir que le service librement consenti est la seule pratique du pouvoir non génératrice de violence.
Dieu ne fait pas de préférence entre les humains.
Dans le récit biblique, Jacob revêt Joseph d’une robe longue, suscitant la jalousie des autres frères.
Plusieurs siècles après, Jésus détourne cette image.
Dans la parabole du « fils prodigue » (Luc 15), lorsque le fils égaré revient, le père lui ouvre les bras et le couvre d’une robe.
Le fils aîné, resté auprès du père, croit qu’il est entré dans une logique de favoritisme.
Il n’a pas compris que le père l’aime tout autant que son frère.
Aujourd’hui encore, Dieu aime pareille-ment ceux qui estiment « réussir » et ceux qui pensent échouer, ceux dont la foi est sinusoïdale et ceux qui vivent dans la douce présence de Dieu.
Comme le proclame Pierre : « Oui, je sais désormais que Dieu ne fait pas de préférence entre les hommes ».
Ainsi, devant Lui, nous sommes tous au bénéfice d’un amour bienveillant.
Nous pouvons nous en réjouir.
Nous pouvons aussi, peu à peu, modeler notre comportement sur celui de Dieu et de-venir les héritiers de Joseph et de Jésus.

Vincent Nême-Peyron